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Médicaliser les psychologues ? - E. GARCIN


Rédigé le Lundi 21 Mars 2005 à 02:09 | Lu 2361 commentaire(s) modifié le Jeudi 1 Janvier 1970



Médicaliser les psychologues ?

Nous y sommes !



Après de multiples signes avant-coureurs, le ministère de la santé commence à mettre en œuvre ses options, restées implicites jusqu’alors, vis-à-vis de la profession de psychologue :


Un cursus initial lié aux facs de médecine (Plan de Santé Mentale page 41)

La création subreptice d’une nomenclature de l’assurance maladie intégrant les psychologues (arrêté du 31 Janvier 2005).

Un décret du 6 Janvier 2005 traitant des instituts thérapeutiques éducatifs et pédagogiques (secteur des C. C.) précisant que "l’équipe médicale, paramédicale et psychologique est animée par un médecin psychiatre" et que "aucun traitement n’est entrepris s’il n’avait été prescrit par un médecin".


Ces mesures, dont deux sont d’ordre réglementaire et d’application immédiate, indiquent sans ambiguïté que nous sommes confrontés à un mouvement de médicalisation des formations et des prestations psychologiques. La simultanéité et la convergence de ces mesures montrent que cette affaire n’a rien d’improvisé. Enfin, un rappel du contexte (les nombreux rapports et prises de position ainsi que la réforme de la nomenclature et l’introduction de la tarification à l’activité) permet d’appréhender l’importance et l’ampleur du phénomène.



Réguler "médicalement" l’accès aux psychologues


Dans une optique d’économies de santé et de limitation des dépenses, il s’agit d’appliquer aux prestations des psychologues les principes de "médicalisation des dépenses de santé "ou de "maîtrise médicalisée des dépenses de santé". Solution consistant essentiellement pour ce qui nous intéresse à installer les médecins en régulateurs de l’accès du public aux prestations prises en charge par l’assurance maladie. Autrement dit, puisqu’il est désormais impensable de refuser aux usagers des services publics la possibilité de recourir aux psychologues en particulier dans les services et consultations de psychiatrie et dans les services de maladies chroniques gravement invalidantes, le volume de ces prestations sera contrôlé par le corps médical. A quoi l’on peut ajouter que la pénurie de médecins en général et de psychiatres en particulier renforce encore pour ce qui concerne les prestations des psychologues la nécessité de ce nouvel impératif.


Mais puisqu’en dépit de l’excellence de ce plan, il est impossible de faire entendre raison à ces insupportables psychologues, il faut donc avec la complicité d’un certain nombre d’entre eux, habiller cette manœuvre des oripeaux de la légitimité. D’où ces volées de critique sur la formation insuffisante des psychologues. D’où ces prétentions de plus en plus systématiques de lier le cursus de formation des psychologues à celui des médecins (cf. l’expérience de Besançon, des rumeurs similaires sur le SROS de Haute Normandie, les propositions explicites du plan de santé mentale…). D’où ces multiples textes et propos visant à asseoir la "responsabilité des médecins" sur les prestations des psychologues. D’où ces innombrables assimilations des psychologues à des personnels de santé, à des personnels médico-techniques, à des personnels paramédicaux, … D’où la création d’un titre de "psychothérapeute", associé à des formations nécessairement moindres que celles de psychologue, pour en faire d’utiles auxiliaires médicaux.



Valoriser le service rendu au public


Si aujourd’hui les psychologues entendent réagir très vigoureusement, ce n’est pas principalement pour des motifs corporatistes de défense de leur identité professionnelle. En effet, aussi singulier que cela puisse paraître, ce que défendent avant tout et par dessus tout les praticiens de la psychologie, c’est leur attachement à la nature des services qu’ils rendent au public.


Ils veulent que soit reconnue l’importance des échanges intersubjectifs dont la nature même exclut qu’ils soient subordonnés à la prescription par un tiers.

Ils veulent que soit reconnue l’impossibilité de protocoliser, de calibrer, de soumettre à validation, de normaliser… la parole des consultants et l’écoute des psychologues.

Ils refusent que soit entravée l’implication et la responsabilité des consultants dans leur démarche.

Ils s’opposent aux multiples artefacts et procédures qui transforment insidieusement un processus de rencontre en objet de consommation.

Ils contestent radicalement toutes les mesures ayant pour conséquence d’engendrer de nouvelles attitudes d’appétence à la passivité.



L’erreur de méthode des pouvoirs publics


Les options des pouvoirs publics sont certes saturées de logique et de préoccupation du bien public. Mais ils font preuve d’une légèreté aussi grande que celle des élus quand ces derniers ont traité du titre de psychothérapeute. Des décisions réorganisant profondément les services rendus au public et lourdes de conséquences sur la nature même des prestations ont été et sont encore prises en l’absence de toute étude, de toute recherche, de tout rapport commandité, sollicité, initié par la puissance publique ou par les élus.


Le seul travail sérieux, mené par un organisme public et traitant des psychologues, est le rapport d’Anne Golse effectué pour la MIRE. Mais, d’une part il ne traite que des psychologues de psychiatrie, et d’autre part… il n’est mentionné par absolument aucun élu ni par aucun responsable ministériel !


Le ministère de la santé n’a conduit aucun travail sur les psychologues. Hormis les manœuvres visant à disqualifier leur formation et à contester leur autonomie. Les psychologues doivent saisir tous les moyens à leur portée, et même en inventer d’autres, pour rapidement faire savoir aux pouvoirs publics qu’il est urgent de changer d’options et de méthode.


Emmanuel Garcin, 6 Mars 2005




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