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Guy Rouquet, Prés. Psychothérapie Vigilance, interview par Christophe Ruiz, juin 2009


Rédigé le Vendredi 12 Juin 2009 à 22:43 | Lu 2702 fois | 0 commentaire(s) modifié le Mardi 25 Septembre 2012



«Il existe en France près de cinq mille dérapeutes, ce qui fait cinq cent mille victimes réelles ou potentielles pour l’ensemble du pays.»

«Psychothérapie Vigilance s’est beaucoup investie dans l’effort entrepris par les pouvoirs publics pour réglementer l’usage du titre de psychothérapeute et classer comme stupéfiants des hallucinogènes neurotoxiques que leurs zélateurs présentent comme «visionnaires» (iboga, ayahuasca ou yagué).

«Certes, il y a des personnes plus vulnérables que d’autres par leur nature même, et qui sortent d’une secte pour se précipiter dans une autre, mais les coups durs de la vie n’épargnent personne.
La disparition d’un proche, un licenciement économique, un accident de santé par exemple générèrent un état de faiblesse que les sectes, les marchands d’illusions et les charlatans de la santé
s’empressement d’exploiter.»

«De la dérive thérapeutique à l’embrigadement sectaire, il n’y a souvent que quelques pas.»

Guy Rouquet, pourquoi avez-vous créé PsychothérapieVigilance? Quelle est l’importance de votre association? Comment fonctionne-t-elle?

J’ai créé l’association pour combler un manque, répondre à une attente. En 2001, les institutions et associations luttant contre le phénomène sectaire et la mécanique des sectes avaient pour cible essentielle les mouvements épinglés par la commission d’enquête parlementaire sur les sectes, de la Scientologie aux Témoins de Jéhovah en passant par l’Organisation du Temple solaire, le Mandarom ou les Raéliens par exemple. Ce combat les accaparait pleinement. Faute de temps, de moyens, elles négligeaient ou mésestimaient les psychosectes qui, sans gourou apparent, prospéraient dans le champ sanitaire et social. En m’intéressant à un groupe se disant thérapeutique, que je croyais complètement marginal, j’ai découvert que ce dernier faisait partie d’un réseau fortement idéologisé, aux ramifications internationales, dont les principaux acteurs étaient pour l’essentiel des psychothérapeutes autoproclamés ou pseudo-formés dans des écoles à vocation commerciale non agréées par le Ministère de la Santé ou de l’Education Nationale. Ignorant tout du fonctionnement du psychisme, n’ayant pour la plupart entrepris pas la moindre année d’étude en médecine ou en psychologie, n’ayant même pas le bac pour certains, ces thérapeutes, encouragés par leurs petits maîtres à exploiter un vide juridique, s’étaient autorisés à accueillir des «patients», des personnes en demande de soins psychiques ou d’aide psychologique. Voilà la raison d’être de Psychothérapie Vigilance. L’association est au service des victimes de thérapies déviantes, abusives et psychosectaires. Elle œuvre au quotidien, notamment par le biais de son site Internet, qui est très visité et constitue une mine d’informations. Elle met à contribution deux cents correspondants environ, des professionnels de la santé, des agents de l’Etat, des journalistes d’investigation, des associations, des particuliers.


Votre combat est-il uniquement ciblé sur ce que vous appelez les "dérapeutes" ? Qu'entendez-vous d'ailleurs exactement par ce terme? Agissent-ils seuls ou plutôt pour le compte de mouvements sectaires ?

Le «dérapeute» est un thérapeute dévoyé comme les émules de l’ex-docteur Hamer par exemple ou une personne s’autorisant à traiter ou soigner des clients sans avoir de formation en psychologie ou en médecine, en ignorant tout de la psychopathologie. Ces personnes peuvent être de bonne volonté, croire en ce qu’elles font, mais elles sont généralement toxiques. Incapables d’établir des diagnostics, elles génèrent ou aggravent souvent des pathologies, à l’instar des faux médecins de Molière ou du Docteur Knock de Jules Romains que son délire et son sens des affaires conduisaient à professer que «Tout bien portant est un malade qui s’ignore». En règle générale, ces dérapeutes, qui donnent l’impression d’agir isolément, font partie d’un ou plusieurs réseaux, d’associations parfois fédérées, qui, de fait, par leur mécanisme et leur dessein sont psychosectaires. L’argent en en est le moteur, mais pas seulement. Ce combat m’occupe entièrement. Il existe en France près de cinq mille dérapeutes, ce qui fait cinq cent mille victimes réelles ou potentielles pour l’ensemble du pays.


Depuis quand êtes-vous partenaire de la Miviludes? Quel rôle tenez-vous auprès de la mission ?

Par la qualité de ses informations et de ses analyses, Psychothérapie Vigilance est un partenaire reconnu de la Miviludes, à savoir la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Elle l’est aussi de la Mildt c’est-à-dire la Mission interministérielle de lutte et de vigilance contre la drogue et la toxicomanie. Il faut dire que j’ai été amené à mettre l’accent sur l’émergence de nouveautés douteuses, de communautés se disant thérapeutiques, bénéficiant ou ayant bénéficié de subsides de l’Etat alors qu’elles étaient carrément sectaires ou l’étaient devenues. C’est ainsi que mon association a été amenée à dévoiler l’existence, et le développement rapide de certaines sectes hallucinogènes, psycho-spirituelles ou thérapeutiques. Psychothérapie Vigilance travaille aussi en étroite relation avec l’UNADFI et le CCMM, associations reconnues d’utilité publique.


Votre association a-t-elle vu certains de ses efforts couronnés de succès?

Oui. Outre les cas particuliers qu’elle a aidé à résoudre en assistant les victimes, en conseillant des familles, en les dirigeant vers des personnes ou structures en mesure de les écouter à proximité de leur domicile, où que ce soit en France, elle a été en pointe en révélant aux institutions en mesure de régler le problème sur le plan administratif, législatif et juridique la façon dont certains produits et méthodes dits thérapeutiques étaient promus en France alors qu’ils étaient à haut risque pour la santé de l’individu. Psychothérapie Vigilance s’est beaucoup investie dans l’effort entrepris par les pouvoirs publics pour réglementer l’usage du titre de psychothérapeute et classer comme stupéfiants des hallucinogènes neurotoxiques que leurs zélateurs présentent comme «visionnaires» (iboga, ayahuasca ou yagué).


Que pensez-vous du nouveau rapport annuel de la Miviludes remis au Premier ministre le 19 mai ?

Son principal mérite est d’exister. Cette publication annuelle permet d’informer régulièrement le public sur la réalité du phénomène sectaire, sa difficulté à le contenir, les avancées juridiques. Sa médiatisation est importante. Il faut dire que toutes tendances confondues, les parlementaires sont convaincus de la nécessité de le combattre et que, dans leur immense majorité, les journalistes le sont tout autant. Cela dit, chaque année, le rapport consacre une part importante aux dérives thérapeutiques et sectaires constatées dans le domaine de la santé. Celui de cette année donne une large place à la nécessité de réglementer une fois pour toutes, et rapidement, l’usage du titre de psychothérapeute. Je m’en réjouis.


Quels sont les signes qui peuvent faire craindre que l'on soit en face d'un charlatan ou d'un opérateur sectaire ?

Le gourou et le charlatan sont des bonimenteurs charismatiques. Ils connaissent toutes les techniques de la séduction, de la manipulation, de la persuasion. Ils savent tout, ont réponse à tout. L’adepte est subjugué. Son jugement critique est anesthésié. Il se croit libre alors qu’il est ficelé par des centaines de fils invisibles. Généralement ce sont des proches, des parents ou amis, qui constatent un jour le changement spectaculaire de la personnalité de l’être qu’ils connaissent «par cœur». Cette modification est parfois insensible, parfois brutale. Elle se traduit par des changements de comportement, d’habitudes, de relations. Le sujet est devenu l’ombre de lui-même. Il est comme envoûté, possédé ou étrangement «absent», «ailleurs». Il fait l’éloge de son thérapeute, coach ou naturopathe à tout propos, est à tu et à toi avec lui, multiplie les stages, les séminaires, devient de plus silencieux, mystérieux, se désintéresse de l’actualité, utilise des mots nouveau à connotation scientifique ou ésotérique. Il arrive qu’il maigrisse, perde le sommeil, prenne des remèdes inconnus, à l’insu de son médecin traitant.


Quelles sont les personnes susceptibles de devenir victimes de ces mouvements sectaires ?

Personne, je dis bien personne n’est à l’abri. J’ai été sollicité par l’épouse d’un officier du GIGN dont le mari avait été littéralement «zombifié» en trois semaines, par des professionnels de la santé de très haut niveau qui me demandaient de les éclairer sur la méthode thérapeutique non conventionnelle dont était victime un membre de leur famille, par des cadres supérieurs contraints de suivre des stages délirants imposés par leur DRH ou directeur commercial, par des journalistes, des avocats, des médecins, des ingénieurs, des lycéens, des personnes de tout âge, profession, situations. Toutes ayant perdu le sommeil, l’appétit, leur concentration au travail, beaucoup d’argent, parfois leur patrimoine, voire leur raison de vivre. Certes, il y a des personnes plus vulnérables que d’autres par leur nature même, et qui sortent d’une secte pour se précipiter dans une autre, mais les coups durs de la vie n’épargnent personne. La disparition d’un proche, un licenciement économique, un accident de santé par exemple générèrent un état de faiblesse que les sectes, les marchands d’illusions et les charlatans de la santé s’empressement d’exploiter. Il est bien connu que les adeptes de certains mouvements ne tardent pas à frapper à la porte d’une personne ou d’une famille brutalement plongée dans le malheur pour se faire connaître, offrir leurs services et profiter de son désarroi.


Notre département est-il épargné ou au contraire constitue-t-il un terrain propice pour ces dérapeutes, charlatans et agents sectaires ? Avez-vous des conseils de vigilance à donner envers ceux qui opèrent sur le département ?

Aucun département n’est épargné. Aucune ville, aucune commune. Les Hautes-Pyrénées n’échappent pas au phénomène. Les dérives thérapeutiques et les propositions farfelues y sont nombreuses. Ces dernières font parfois courir des risques à la santé de celui qui y cèdent, toujours à son porte-monnaie. De la dérive thérapeutique à l’embrigadement sectaire, il n’y a souvent que quelques pas. Cela dit, même s’il recèle quelques lieux intéressants, notre département n’est pas plus exposé qu’un autre ni davantage infesté. Les sectes ont un goût plus prononcé pour les endroits ensoleillés qui, au bord de la mer, ont la faveur des gens fortunés.


Lourdes ne constitue-t-elle pas un cas à part cependant?

Les pèlerins qui viennent à Lourdes ont des revenus modestes. Mais, s’ils n’ont généralement pas beaucoup d’argent, ils sont enclins à donner, à croire spontanément celui qui leur demande l’aumône en composant un personnage de circonstance. L’habit tend à y faire le moine. En vertu du principe que les petits ruisseaux font les grandes rivières, des escrocs s’y enrichissent, abusant de la générosité, de la charité ou de la candeur de certains visiteurs. J’ai eu connaissance de captations de biens matériels et d’héritages par de vrais Tartuffes. Sans doute Lourdes souffre-t-elle aussi, en raison de sa spécificité, de manœuvres tendant à asservir les esprits par des méthodes psycho-spirituelles, que le Vatican condamne d’ailleurs. Comme tous les hauts lieux spirituels, elle n’échappe pas à des approches plus ou moins subtiles de militants de l’Ere du Verseau. J’ai coutume de dire que le New Age, qui est une nébuleuse où prolifèrent les sectes, fait son nid dans le bénitier des églises.


* Texte intégral de l’article publié dans l’édition de la Semaine des Pyrénées du jeudi 28 mai/3 juin 2009 (n° 757), sous le titre «Il combat les gourous et les sectes. Partenaire de la MIVILUDES, Psychothérapie Vigilance agit dans les Hautes-Pyrénées et en France.» Annoncé à la une de l’hebdomadaire, l’entretien occupe entièrement la page 5.

Source: Psychothérapie Vigilance



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