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Rapport de l'Ordre des médecins sur le psychologue - lettre de Psyclihos


Rédigé le Lundi 21 Mars 2005 à 01:50 | Lu 4685 commentaire(s) modifié le Jeudi 1 Janvier 1970




Réponse au Docteur Pierrick Cressard dans son rapport sur les psychologues.

Lors de sa session du 2 Juillet 2004, le conseil national de l’ordre des médecins a adopté un rapport écrit par le Dr Piernick Cressard, consacré à la réglementation du titre de psychologue, ainsi qu’à l’activité de notre corps professionnel .

Décidément, que d’ardeur de la part du corps médical à se préoccuper du sort des psychologues ! Il est permis de s’étonner en ces temps de réforme de la Sécurité sociale et du système de soins en France, du fait que l’ordre national des médecins puisse ainsi passer tant de temps sur notre activité…

Pour autant que nous respections cette institution, ce rapport nous paraît pour le moins contestable en bien des propos.

L’auteur, psychiatre, conclut le rapport en invoquant Toinette de Molière.
Nous invoquerons plutôt Thomas Diafoirus, du même Malade imaginaire.

Lorsque la dérision s’accompagne d’auto dérision, elle est à comprendre comme un de ces mécanismes de lutte anti dépressive que le Dr Cressard doit parfaitement savoir repérer au fil du discours de ses patients. Psychiatres et psychologues pourraient effectivement lutter contre la dépression puisque, ensemble, ils sont embarqués dans le naufrage du système institutionnel de soins en psychiatrie.

Que nenni ! le Dr Cressard préfère attaquer ceux qu’il croit être les concurrents des psychiatres dans la nouvelle course à l ‘échalote que nous propose le ministère : la poursuite du titre de psychothérapeute.
Sur ce plan, l’auteur se situant dans la lignée du rapport des Professeurs Pichot et Allilaire à l’Académie de médecine, affirme une nouvelle fois la nécessité d’une formation spécifique pour les futurs psychothérapeutes, délivrée par une institution où la faculté de médecine aurait sa place. Le Dr Cressard tient à ajouter un coup de griffe supplémentaire, et ainsi donner sa marque personnelle au débat, qui, en réalité, doit amuser la galerie du côté de l’avenue de Ségur: de toutes façons, c’est le ministère qui tranchera, au plus économique, en nivelant par la base, et en renvoyant chacun dans ses choux ou à ses oignons…

Mais Argan acceptera- t - il de dépenser ses sous pour de si piètres psychothérapeutes que ceux valorisés par ces messieurs ?

La première partie du rapport est un rappel exact de la réglementation sur notre titre.

La seconde partie est intitulée « activité des psychologues » (activité au singulier, notons ce premier trait réducteur, qui biffe toute la variété de notre profession aux multiples facettes). Cette seconde partie continue dans le même parti pris : elle y ajoute erreurs et confusions, pour un amalgame dont le caractère partial apparaît dès l’entrée.

L’auteur argumente d’une définition lue dans le Littré : « Psychologue : se dit de celui qui connaît intuitivement et empiriquement les sentiments d’autrui. Se dit plus spécialement du clinicien, du thérapeute spécialiste de la psychologie ».
Certes, mais cette définition omet consciencieusement le premier sens du mot psychologie, issu de l’étymologie grecque « psukhé » (âme) et « logos » (science). La psychologie, c’est bien « l ‘étude scientifique des faits psychiques », nul dictionnaire (Larousse, Littré, Robert) n’ignore ce premier sens, le Dr Cressard, lui oui….
Parce que, pour lui bien sûr, il n’y a nulle possibilité de concevoir une discipline comme une science, à partir du moment où elle est enseignée en faculté des sciences humaines et non de médecine. C’est sans doute ce qui lui permet d’affirmer que : « les études supérieures permettant l’obtention du titre de psychologue sont validées par les facultés des lettres et sciences humaines sans intervention des facultés de médecine. Cette origine littéraire de la formation des psychologues entraîne une confusion dans le discours où le même mot définit des notions différentes dans le langage psychologique ou dans le langage psychiatrique ».

Est il bien nécessaire de rappeler au Dr Cressard que les psychologues ne sont pas plus ni moins littéraires que les médecins ?
Est il bien nécessaire de rappeler au Dr Cressard le nombre d’heures passées par les étudiants en psychologie devant des paillasses de laboratoire dans les facultés des sciences ?
Est il bien nécessaire de dire au Dr Cressard que, faire de la différence entre psychiatres et psychologues, une question de langage est une bien curieuse, mais aussi, bien originale façon de voir les choses ?

Tel le mécanisme si bien décrit par Ferenczi, est celui utilisé par le Dr Cressard : confusion de langues pour maltraiter davantage les psychologues, et affirmer leur soi disant impossible collaboration avec les psychiatres.

Confusion dans le discours, voilà bien la marque stylistique de notre Diafoirus qui confond psychiatrie et psychologie médicale.

Les psychiatres seraient - ils tentés de devenir psychologues médicaux en même temps que certains rêvent de transformer les psychologues en para médicaux ?

Autant que nous sachions, c’est l’Anglais qui, il y a très longtemps dénommait également la Psychiatrie (psychiatry) par « médical psychology ». Mais la psychologie médicale s’est peu à peu individualisée de la psychiatrie sous les effets des célèbres travaux de Michaël Balint.

Il existe actuellement deux définitions de la psychologie médicale, l’une extensive, la seconde restrictive. Nous les avons trouvées dans le dictionnaire encyclopédique de la psychologie rédigé par Norbert Sillamy dans les années 1980.

La première définition dite extensive : « Discipline qui étudie les apports de la psychologie considérée sous tous ses aspects, à la médecine et réciproquement. Les enrichissements de la psychologie par la médecine », nous paraît avoir le mérite d’être consensuelle et porteuse de promesses d’une heureuse collaboration entre médecin, psychologue et psychiatre.
Dans le même dictionnaire, nous trouvons une seconde définition, plus restrictive de la psychologie médicale comme « discipline donnant à l’étudiant en médecine et au médecin, des informations, des connaissances et la formation suffisante pour qu’il puisse comprendre son patient, en tant que personne souffrant d’une maladie, et mieux le traiter selon les données scientifiques actuelles, mais tenant compte de la compréhension psychologique ». Elle est donc devenue une « discipline fondamentale qui s’intéresse au vécu psychologique de n’importe quel malade, quelle que soit l’affection dont celui ci souffre ».

Bien évidemment, nous pensons plus aux travaux de Michaël Balint qu’à ceux du Professeur Pichot…

Grâce à ces groupes, bien des médecins persistent à se former à l’analyse de la relation médecin/malade/maladie. Entre psychologie, psychologie médicale et psychiatrie, les limites sont certes perméables, mais ce n’est pas pour autant, que les psychologues prétendent, par exemple, prescrire des traitements chimiothérapiques, comme l’affirme le Dr Cressard.

Nous voyons dans le propos, une volonté de hiérarchiser ces différents domaines, en plaçant bien sûr la psychiatrie au sommet !
Le Dr Cressard se situe ainsi dans la digne continuité des auteurs des rapports qui se sont succédés ces dernières années : de Piel et Roelandt à Pichot Allilaire, en passant par Berland et Cléry Melin.

Nous vous avons déjà mis en garde contre les répercussions dangereuses de ces rapports sur notre exercice professionnel voire sur notre existence.

A lire le Dr Cressard, nous nous disons que le style confus de son texte est peut être plus conscient qu’inconscient….
Nous voyons en tous cas clairement apparaître un de ces fréquents déplacements qui, effectués sur les psychologues, évitent aux médecins d’aborder leurs propres conflits interprofessionnels.
Nous ne pouvons accepter ces déplacements.

La psychiatrie de liaison est l’exemple même d’une volonté de récupération de la part de certains psychiatres, d’un champ d’exercice plus vaste à l’heure même où ils abandonnent, plus ou moins forcés, le champ d’exercice qui est le leur. Le glissement de la psychiatrie vers la santé mentale va avec la désertion des psychiatres des institutions psychiatriques, victimes de la récession économique. Les psychiatres sont en même temps appelés par notre système politique à exercer un contrôle social hors les murs des CHS via la santé mentale. Certains réagissent et refusent, d’autres pas. Certains compensent la perte progressive de leurs effectifs dans le champ des institutions hospitalières, en essayant de récupérer une part d’influence sur l’ensemble de la médecine et de ses spécialistes, sans oublier les psychologues.

Avec le rapport du Dr Cressard, la psychologie médicale ressemble fort à de la psychiatrie de liaison. L’an passé, les psychologues de l’AP HP ont eu quelques soucis à se faire, avec un projet de cette nature. C’est en raisonnant comme cela que certains psychiatres croient rencontrer des concurrents parmi les psychologues qu’ils désignent donc comme incompétents.

Les psychologues refusent ce procès d’intention et ne peuvent servir de bouc émissaire à des difficultés économiques, sociales et politiques, à des luttes d’influence qui ne concernent que le corps médical.

Au delà de leurs frontières communes, chacune de nos disciplines a son espace propre.
Imaginerait - on les psychologues produire des rapports et faire des préconisations sur l’exercice de la médecine ?
Restons respectueux des spécificités de l’autre, et essayons de travailler en commun au bien être psychique de nos contemporains.


Les membres du bureau de Psyclihos


Association PSYCLIHOS
Psychologues cliniciens hospitaliers

e mail : psyclihos@wanadoo.fr



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