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L'associativité aux fondements de la clinique, R. Roussilon, 05/07/2008


Rédigé le Vendredi 3 Octobre 2008 à 08:47 | Lu 2979 commentaire(s) modifié le Mardi 7 Octobre 2008



L'associativité aux fondements de la clinique, R. Roussilon, 05/07/2008
COLLOQUE « SAUVONS LA CLINIQUE » du 5 JUILLET 2008
Atelier « Définir la clinique ».


Si l’on veut que l’action entreprise pour « sauver la clinique » prenne tout son sens il me semble nécessaire de commencer par définir ce que nous entendons par « clinique » de définir, le terme tend à être tellement galvaudé ces temps-ci, quelle clinique nous voulons sauver.

1 - Et donc partir à la recherche d’une définition de la clinique à la fois suffisamment spécifique pour qu’elle soit discriminative vs les autres approches, y compris de la psychopathologie ou de la psychologie de la santé d’orientation cognitive, et en même temps suffisamment large pour couvrir l’ensemble des pratiques qui se reconnaissent et sont reconnues comme telle. Il s’agit de produire une définition dans laquelle les cliniciens de différents bords peuvent se retrouver ou retrouver leur pratique, il s’agit donc ici de rassembler. Il faut aussi une définition qui intègre pleinement la pensée psychanalytique sans toute fois s’identifier à elle. L’université ne forme pas des psychanalystes mais des psychologues cliniciens qui s’étayent sur la psychanalyse dans leur pratique et leur identité de clinicien.

2 - La « clinique » en ce sens doit être saisie à partir d’un ensemble de concepts solidaires entre eux, c’est le champ qu’ils découpent ainsi qui définit le champ clinique. Les principaux de ces concepts sont : méthode clinique, pensée clinique, rencontre clinique, pratique clinique...
La clinique c’est à la fois une pratique clinique fondée sur une méthode clinique qui organise la rencontre clinique, et un mode de présence et d’intervention du praticien éclairé par la pensée clinique, mais c’est d’abord une conception du fonctionnement de la Y humaine qui intègre la référence centrale au concept de réalité psychique et au fait que celle-ci comporte une dimension inconsciente.

3 - L’idée classique d’un clinicien « au chevet » du patient ne donne plus, dans la conjoncture actuelle, de repère suffisant pour définir la clinique. Il faut encore dire au chevet de quoi. Bien sûr on peut dire au chevet de la « vie psychique » ou de la « réalité Y », étant entendues que l’une et l’autre comportent une dimension inconsciente. Mais cela suffit-il ? Il me semble que dans le débat actuel il faut aller au-delà.

4 - Le point que je propose comme fondement actuel de l’ensemble de concepts qui définissent le champ de la clinique me semble devoir être centré autour de la notion forte d’associativité, il tient dans l’affirmation essentielle que la Y humaine a un fonctionnement associatif, modéré et régulé par des processus d’inhibition de l’associativité de fonctionnement.
Je dis bien la Y humaine, le fonctionnement de la Y humaine « en général », et pas seulement en cours d’analyse ou au sein des dispositifs cliniques.
Par processus d’inhibition, il faut entendre aussi bien les processus de répression que ceux de refoulement ou autres mécanismes dits classiquement « de défense ».

Ce qui m’invite à faires quelques rappels et à proposer quelques commentaires. Une telle définition rejoint (et c’est sa force dans la conjoncture actuelle) les propositions faites par les biologistes de l’esprit qui décrivent un fonctionnement du cerveau fait d’un mélange d’associativité et d’inhibition. J’ai testé une telle affirmation auprès de P Magistretti, spécialiste européen actuel de la plasticité cérébrale et qui occupe la chaire internationale de neurosciences au Collège de France.

5 - La clinique serait alors définie comme « la mise au chevet des processus associatifs » du sujet humain, et en particulier de l’articulation processus secondaire (et la prise en compte de la narrativité qui les caractérise) /processus primaires, voire « originaires » (P Aulagnier), et les autres formes de « narrativité » qui les caractériseraient. Les processus, nommés plus haut « d’inhibition », intervenant au chiasme de cette articulation.

Là aussi quelques rappels et commentaires.

a) Quand Freud cherche à modéliser la représentation en 1891, et aussi bien la représentation de mot que la représentation de chose, il produit un schéma montrant que la représentation psychique doit être conçue comme un réseau de traces perceptives associées et possédant, par leur ouverture, ce que l’on nommerait maintenant, dans la théorie des réseaux connectés, des « propriétés émergentes » (que l’on repèreraient maintenant comme processus de symbolisation).

b) Mais si l’on veut qu’une telle définition couvre largement le champ de la clinique, il est nécessaire de ne pas restreindre l’associativité aux seules formes verbales de celle-ci et d’inclure les différentes formes de langages qui traversent le sujet humain.
Un dessin, un jeu sensori-moteur, un comportement un symptôme somatique etc. peuvent s’associer entre eux, et fournir la base d’une forme de narrativité mêlant des signifiants issus de différentes « langues ». une telle extension est impérative en clinique du bébé ou de l’enfant bien sûr, mais aussi dans tous les cas où une problématique narcissique-identitaire est active (autisme, tendance anti-sociale, psychose, psychosomatique ...).

c) La méthode clinique vise dès lors à prendre fondamentalement en compte l’associativité pour tenter de la laisser se déployer tout en tenant compte de l’existence des processus d’inhibition de celle-ci.

6 - Les dispositifs praticiens des cliniciens (dispositifs cliniques) doivent alors être conçus comme ceux qui favorisent tout ou partie du fonctionnement associatif de la psyché, qui tendent à libérer l’associativité (et son organisation narrative) et à modérer les processus d’inhibition de celle-ci, qui proposent une « règle » et des conditions de rencontre destinées à favoriser l’associativité.

- « Tout ou partie », car un certain nombre de dispositifs, par exemple des dispositifs de type « projectifs » ou utilisant une médiation, proposent une règle d’association libre « focale », focalisée à partir d’un élément inducteur ou d’une médiation particulière.

- Les rencontres cliniques en « face à face » ou « côte à côte », et d’une manière plus générale celles qui utilisent une médiation, restreignent aussi souvent l’associativité à un « focal ».

- Mais les recherches cliniques (entretiens dits semi-directifs par exemple) peuvent aussi être pensées à partir de l’idée d’une forme d’associativité focale.

Un rapide rappel.
L’association focale est historiquement la première utilisée par Freud, c’est elle qui est sous-jacente à la cure de Dora par exemple ou celle qu’il utilise pour interpréter le rêve de l’injection faite à Irma ». L’association dite « libre » n’émerge qu’en 1907, et le cas de l’homme aux loups est le premier à être conduit avec cette règle (cf. « Les minutes 1907-1908 »)

7 - Inversement le fondement de la pratique et de la pensée clinique implique d’attendre du clinicien qu’il soit à l’écoute des différents niveaux d’associativité de la vie Y du sujet, et des différents types de liens conscients et inconscients qui se manifestent à travers l’associativité et la narrativité du discours de celui-ci.

8 - Donc l’écoute associative est d’abord une règle d’écoute du clinicien et c’est ensuite une règle organisatrice des dispositifs cliniques. Règle d’écoute qui fonde la pratique clinique et colore singulièrement la rencontre clinique. Elle suppose l’hypothèse fondatrice de la pensée clinique : deux éléments « librement » associés (et en particulier de manière répétitive) ont nécessairement un lien entre eux, manifeste ou latent, préconscient ou inconscient, idiosyncrasique ou structural, issus d’une particularité conjoncturelle de l’histoire singulière ou d’une formation structurale essentielle.

9 - Cette règle s’assortie d’un ensemble de conditions de possibilité qui vont fonder la possibilité même de la rencontre clinique. J’en évoque quelques unes, mais celles-ci ne sont pas exhaustives.

* Liberté d’association, non seulement conçu comme un prescriptif, une règle, mais aussi comme un droit et l’enjeu d’une conquête. Donner le droit à l’associativité suppose de la part du clinicien la mise en œuvre d’une suspension des relations de pouvoir, des censures « logiques », morales, sociales etc...

- Tous les dispositifs dans lesquels cette liberté n’est pas une « donne » fondamentale de la rencontre rendent relativement indécidable l’analyse de l’impact subjectif de ce qui s’y joue et donc une position clinique véritable.

* Mais cette « donne » fondamentale du dispositif doit aussi être gagnée.
Gagner ce droit, côté patient, c’est lever l’ensemble des obstacles qui viennent inhiber la libre circulation de son flux associatif interne.

* La suspension des censures et des relations de pouvoir définirait l’idée de « neutralité » du clinicien.

* Une telle suspension suppose que puissent être levés les défenses Y qui « inhibent » l’associativité, ce qui implique un certain nombre de caractéristiques à la rencontre clinique, caractéristiques qui rendent possible un le climat de sécurité suffisant pour que le risque de la levée des défenses soit envisagé par le sujet. (neutralité bienveillante, confidentialité...).

* Une dernière question, mais qui ouvre un champ de réflexion immense, concerne la question de savoir par quoi l’associativité est-elle organisée.

S’arrêter là ne signifie pas que la définition de la clinique et de ses caractéristiques fondamentales est terminée mais qu’ont été ainsi définis l’introduction d’un principe d’engendrement des données de cette définition, et une démarche pour fonder celle-ci.

La prochaine étape sera celle de la rédaction d’un ouvrage collectif pour étayer une telle définition de la clinique et fonder les assises de ce que nous pouvons reconnaître comme méthode clinique.

René Roussillon


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