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Lettre de la SFP au Dir.gén. de la CNAM au sujet de tests psychologuqes, 6 juin 2005


Rédigé le Vendredi 10 Juin 2005 à 01:49 | Lu 2059 commentaire(s) modifié le Jeudi 1 Janvier 1970



Société Française de Psychologie
71 avenue Edouard-Vaillant, 92774 Boulogne Cedex
Tél. 01 55 20 58 32 - Fax 01 55 20 58 34
Courriel : sfp@psycho.univ-paris5.fr
Site internet : http://www.sfpsy.org

Le Président
La Vice-Présidente en charge du Département Applications et Interventions Psychologiques


à M. Frédéric van Roekeghem
Directeur général de la Caisse National d’Assurance Maladie
26-50, avenue du professeur André Lemierre
75986 Paris Cedex 20 Le 6 juin 2005


Objet : Classification Commune des Actes Médicaux


Dossier suivi par M. Pierre Vrignaud, délégué de la SFP auprès de la Commission Internationale des Tests


Monsieur le Directeur général de la CNAM,

La Société Française de Psychologie, créée en 1901, qui représente la psychologie scientifique sur le plan national (Comité National Français de Psychologie Scientifique, membre du COFUSI) comme sur le plan international (International Union of Psychological Science, Commission Internationale des Tests) souhaite formuler quelques remarques concernant la Classification Commune des Actes Médicaux mise en application le 31 mars 2005, plus précisément concernant la rubrique 01.01.13 Tests neuropsychologiques. La classification des tests au sein de cette nomenclature pose, en effet, d’importants problèmes scientifiques, éthiques et déontologiques. Par ailleurs, le choix des tests présenté dans la nomenclature se révèle largement obsolète, voire inexact.


1. Les tests : une activité professionnelle des psychologues.

L’évaluation psychologique au moyen de tests est une procédure complexe qui ne peut être réduite à la seule connaissance d’instruments aussi performants soient-ils. Le testing est une activité demandant des connaissances théoriques et professionnelles qui correspondent à celles des seuls psychologues. Dans le cadre du Département des Applications et des Interventions Psychologiques de la SFP, les travaux de la Commission des Tests nous ont amené à adopter une position dans ce domaine qui s’appuie, d’une part, sur les travaux scientifiques et les pratiques du testing, et d’autre part, sur les recommandations internationales publiées dans ce domaine par la Commission Internationale des Tests, commission au sein de laquelle la SFP représente les psychologues français. Ainsi, la SFP a adapté récemment en français les « Recommandations internationales sur l’utilisation des tests » dont nous vous joignons un exemplaire à cette lettre. Ces recommandations, diffusées à grande échelle par notre société savante parmi les psychologues français, montrent le large consensus international existant sur la position que nous avons adoptée. Il convient ainsi de se centrer sur les activités du psychologue utilisant les tests et non pas sur le test lui-même. En effet, les travaux scientifiques et méthodologiques les plus récents ont renouvelé le concept de validation d’un test en ne le limitant pas à ses seules qualités métrologiques, mais en l’étendant à l’ensemble de la procédure de testing, en particulier à l’interprétation et à la communication des résultats. La CCAM, réduisant l’activité de testing à une liste d’outils, va ainsi à l’encontre d’un principe essentiel de validation des tests.
Une liste de tests, aussi large et actuelle soit-elle, ne peut d’ailleurs que s’avérer imparfaite. En effet, la définition précise des instruments et procédures pouvant faire partie de cette catégorie pose souvent problème. La Commission Internationale des Tests précise ainsi dans ses Recommandations : « Toute tentative pour fournir une définition précise d’un test ou du testing en tant que processus échouera vraisemblablement parce qu’elle risque d’exclure certaines procédures qui devraient en faire partie, et d’en inclure d’autres qui devraient en être exclues. Pour les besoins de ces Recommandations, les termes tests et testing doivent être interprétés au sens large. Le fait qu’une procédure d’évaluation soit ou non qualifiée de test reste peu probant. » (p. 13). Il vaudrait donc mieux considérer les activités et les objectifs de l’utilisation des tests plutôt que les tests eux-mêmes. Enfin, si l’on considère que les psychologues sont les seuls professionnels formés à l’utilisation de l’ensemble des tests (rappelons que les éditeurs de tests demandent, pour l’achat de ce type de matériel, que l’acheteur produise un titre de psychologue), on peut sérieusement s’interroger sur la place des tests dans cette nomenclature puisque les psychologues, formés à l’université dans des UFR de psychologie et de sciences humaines, ne sont pas des personnels médicaux ou paramédicaux. En outre, cette liste de tests apparaît discutable sur le plan déontologique dans la mesure où elle contraint la responsabilité du psychologue.


2. Liste de tests ou d’activités d’évaluation psychologique ?

L’activité de testing peut être considérée comme une activité d’évaluation psychologique conduisant à utiliser des outils validés scientifiquement : les tests. Le choix des tests est de la responsabilité du psychologue en relation avec l’objectif de l’examen psychologique ou du diagnostic qui lui est demandé. Cette distinction entre activité du psychologue et instrument éviterait différentes erreurs présentes dans la liste figurant dans la CCAM :
la liste de tests est limitée et discutable, certains tests absents pouvant être considérés comme tout aussi, voire plus pertinent que ceux qui sont cités (par exemple, l’échelle d’intelligence de Kaufman – K ABC) pour l’évaluation de l’efficience intellectuelle de l’enfant ;
plusieurs des tests de la liste sont obsolètes (par exemple, le Binet-Simon révisé Zazzo, plus couramment dénommée Nouvelle Echelle Métrique de l’Intelligence, a été édité il y a près de 40 ans (1966) et n’a pas été réactualisé depuis, alors qu’un test doit être révisé, selon les standards scientifiques, au minimum tous les quinze ans ; on peut évoquer aussi la citation de versions antérieures à la version la plus récente des échelles de Wechsler (WISC-R au lieu de WISC III - et même WISC IV qui va paraître en 2005 - WAIS-R au lieu de WAIS III) ;
les tests sont désignés par le sigle du matériel commercialisé et non par leur dénomination générique. Envisagerait-t-on de mentionner un médicament au sein de la nomenclature par le nom de la spécialité commercialisée par tel laboratoire ? Il vaudrait mieux ainsi se référer à des échelles composites de niveau intellectuel ou à des tests d’évaluation du potentiel intellectuel.

En conclusion, cette liste apparaissant erronée tant dans son principe que dans son contenu, on est en droit de s’interroger sur la pertinence de la présence de l’activité de testing psychologique dans cette nomenclature rassemblant les actes médicaux. Dans le cas où il serait jugé nécessaire de faire figurer le testing dans cette nomenclature, il serait alors souhaitable d’adopter une formulation en termes d’activités en mentionnant les propriétés des instruments plutôt que leur dénomination : évaluation psychologique utilisant des tests et questionnaires psychométriques. Ce dernier point aurait le mérite de mettre l’accent sur la propriété essentielle de ces instruments : leur validité éprouvée par des méthodes scientifiques reconnues par la communauté internationale.

Espérant vous avoir convaincu que l’insertion des tests psychologiques au sein de la CCAM s’avère, en l’état, dysfonctionnelle, et nous tenant à votre disposition pour tout complément d’information que vous jugeriez utile, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur général, l’expression de notre considération respectueuse.


Jacques Py
Président de la SFP
Mady Sanson-Fernagut
Vice-Présidente DAIP


Pièce jointe : Recommandations internationales sur l’utilisation des tests (publiées sous l’égide de la Société Française de Psychologie).



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