8 mars - la journee internationale de la femme


Rédigé le Jeudi 8 Mars 2007 à 18:01 | Lu 6209 commentaire(s) modifié le Mercredi 21 Mars 2007



8 mars - la journee internationale de la femme
L’idée d’une Journée internationale de la femme s’est au tout début fait jour au tournant du XIXe et du XXe siècles, période caractérisée dans le monde industrialisé par l’expansion et l’effervescence, une croissance démographique explosive et des idéologies radicales.
C’est la journée dédiée à l’égalité de la femme au niveau économique, politique et social et aux réussites des femmes.

Chronologie des événements les plus marquants :

1857
Le 8 mars, les femmes employées dans l’industrie textile ont organise une démonstration à New York contre les mauvaises conditions de travail et de bas salaries. La démonstration avait été dispersée par la police. Ces mêmes femmes ont crée un syndicat deux mois après.
De telles démonstrations se sont ensuivies la décennie suivante dont celle de 1908 avait été la plus importante : 15.000 femmes y participaient à New York.

1909
Conformément à une déclaration du Parti socialiste américain, la première Journée nationale de la femme a été célébrée sur l’ensemble du territoire des États-Unis le 28 février. Les femmes ont continué à célébrer cette journée le dernier dimanche de février jusqu’en 1913.

1910
Le 8 Mars 1910 à Copenhague, la IIème Conférence internationale de la Confédération internationale de femmes socialistes de tous les pays, sur la proposition de Clara Zetkin, née Eissner (1857-1933), avait créé cette journée en vue de rendre hommage au mouvement en faveur des droits des femmes et pour aider à obtenir le suffrage universel des femmes. La proposition a été approuvée à l’unanimité par la conférence qui comprenait plus de 100 femmes venant de 17 pays, dont les trois premières femmes élues au Parlement finlandais. Aucune date précise n’a été fixée pour cette célébration.

1911
À la suite de la décision prise à Copenhague l’année précédente, la Journée internationale de la femme a été célébrée pour la première fois, le 19 mars, en Allemagne, en Autriche, au Danemark, en Suisse et en Slovénie, où plus d’un million de femmes et d’hommes ont assisté à des rassemblements. Outre le droit de voter et d’exercer une fonction publique, elles exigeaient le droit au travail, à la formation professionnelle, et la cessation de la discrimination sur le lieu de travail.

Moins d’une semaine après, le 25 mars, le tragique incendie de l’atelier Triangle à New York a coûté la vie à plus de 140 ouvrières, pour la plupart des immigrantes italiennes et juives. Cet événement a eu une forte influence sur la législation du travail aux États-Unis, et l’on a évoqué les conditions de travail qui avaient amené cette catastrophe au cours des célébrations subséquentes de la Journée internationale de la femme.

1913-1914
Dans le cadre du mouvement pacifiste qui fermentait à la veille de la Première Guerre mondiale, les femmes russes ont célébré leur première Journée internationale de la femme le dernier dimanche de février 1913. Dans les autres pays d’Europe, le 8 mars ou à un ou deux jours de cette date, les femmes ont tenu des rassemblements soit pour protester contre la guerre, soit pour exprimer leur solidarité avec leurs soeurs.
Le 8 Mars 1914 les femmes réclament le droit de vote en Allemagne et qu'elles obtiendront le 12 Novembre 1918.

1917
Deux millions de soldats russes ayant été tués pendant la guerre, les femmes russes ont de nouveau choisi le dernier dimanche de février pour faire la grève pour obtenir « du pain et la paix ». Les dirigeants politiques se sont élevés contre la date choisie pour cette grève, mais les femmes ont passé outre. Le reste se trouve dans les livres d’histoire : quatre jours plus tard, le tsar a été obligé d’abdiquer et le gouvernement provisoire a accordé le droit de vote aux femmes. Ce dimanche historique tombait le 23 février dans le calendrier julien qui était alors en usage en Russie, mais le 8 mars dans le calendrier géorgien utilisé ailleurs.

C’est à partir de 1917 que la Journée de la femme est célébrée le 8 mars.

Depuis ces premières années, la Journée internationale de la femme a pris une nouvelle dimension mondiale dans les pays développés comme dans les pays en développement. Le mouvement féministe en plein essor, qui avait été renforcé par quatre conférences mondiales sur les femmes organisées sous l’égide de l’ONU, a aidé à faire de la célébration de cette Journée le point de ralliement des efforts coordonnés déployés pour exiger la réalisation des droits des femmes et leur participation au processus politique et économique. De plus en plus, la Journée internationale de la femme est le moment idéal pour réfléchir sur les progrès réalisés, demander des changements et célébrer les actes de courage et de détermination de femmes ordinaires qui ont joué un rôle extraordinaire dans l’histoire des droits des femmes.

Au passage, l'ordonnance du 21 Avril 1944, accorde le droit de vote aux Femmes Françaises, qu'elles exerceront pour la première fois le 20 avril 1945 pour les élections municipales. (Un siècle de retard sur les hommes qui votent en France depuis 1848).

1971, La Suisse accorde le droit de vote aux Femmes

Les Nations Unies ont commencé à observer la Journée internationale de la femme le 8 mars 1975.

En France c'est en 1982 que le gouvernement socialiste instaure le caractère officiel de la célébration de la journée de la femme le 8 Mars. Mais force est de constater qu'en France cette journée n'a plus un caractère protestataire...

Le 8 Mars 1986, au Chili cette journée a fait l'objet d'une manifestation violemment réprimée et le même jour à Washington 100000 personnes manifestaient contre la volonté des conservateurs de supprimer le droit à l'avortement.


Le rôle des Nations Unies
Rares sont les causes dont l’ONU assure la promotion qui aient suscité un appui plus intense et plus vaste que la campagne menée pour promouvoir et protéger l’égalité des droits des femmes. La Charte des Nations Unies, signée à San Francisco en 1945, était le premier instrument international à proclamer l’égalité des sexes en tant que droit fondamental de la personne humaine. Depuis, l’Organisation a aidé à créer un patrimoine historique de stratégies, normes, programmes et objectifs convenus au plan international pour améliorer la condition de la femme dans le monde entier.

Au fil des ans, l’action menée par l’ONU en faveur de la promotion de la femme a pris quatre orientations précises : promotion de mesures juridiques; mobilisation de l’opinion publique et de l’action internationale; formation et recherche, y compris compilation de statistiques ventilées par sexe; et assistance directe aux groupes désavantagés. Aujourd’hui, l’un des principes d’organisation centraux des travaux de l’ONU est qu’aucune solution durable aux problèmes sociaux, économiques et politiques les plus pressants de la société ne peut être trouvée sans la pleine participation, et la pleine autonomisation, des femmes du monde entier.


Source : Nations Unies

Pour en savoir plus sur les thèmes et commémorations organisées par les Nations Unies à l'occasion des Journées internationales de la femme consultez le site de Womenwatch : http://www.un.org/womenwatch/feature/iwd (en anglais)



ANNEE DE DROIT DE VOTE DES FEMMES DANS LE MONDE

Année Pays
1869 USA : Etat du Wyoming (11 États des USA suivront avant 1914)
1881 Ile de Man
1893 Nouvelle-Zélande
1849 Slovénie (dans l’Empire des Habsbourgs), dans le cadre de la réglementation des communes
1902 Australie
1906 Finlande
1913 Norvège
1915 Danemark, Norvège
1917 Canada, Pays-Bas
1918 Fédération de Russie, Géorgie, Kirghizistan, Allemagne, Autriche, Estonie, Hongrie, Irlande (à 30 ans), Lettonie, Lituanie, Pologne, Royaume-Uni (à 30 ans)
1919 Biélorussie, Ukraine, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Suède
1920 USA en entier, Albanie, République Tchèque, Slovaquie
1921 Arménie, Azerbaïdjan
1924 Kazakhstan, Mongolie, Sainte-Lucie, Tadjikistan
1927 Turkménistan
1928 Royaume-Uni à 21 ans, Irlande (pour toutes les femmes)
1929 Equateur, Roumanie
1930 Afrique du Sud (pour les Blanches), Turquie
1931 Espagne, Chili, Sri Lanka
1932 Maldives, Thaïlande, Uruguay
1934 Brésil, Cuba
1935 Myanmar
1937 Philippines
1938 Ouzbékistan, Bolivie
1942 République Dominicaine
1944 France, Jamaïque
1945 Italie, Croatie et Slovénie dans le cadre de la Yougoslavie, Japon, Togo, Sénégal, Indonésie, Guyane
1946 Cameroun, Djibouti, Guatemala, Liberia, Panama, Corée du Nord, Trinité-et-Tobago, Venezuela, Vietnam, Macédoine, Yougoslavie
1947 Argentine, Singapour, Mexique, Pakistan, Malte
1948 Israël, Niger, Corée du Sud, Seychelles, Suriname, Belgique
1949 Chine, Costa Rica, République arabe syrienne, Bosnie-Herzégovine
1950 Barbade, Haïti, Inde
1951 Antigua et Barbuda, Dominique, Grenade, Népal, Saint-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent-et-Grenadines
1952 Grèce, Côte d'Ivoire, Liban
1953 Bouhtan
1954 Belize, Colombie, Ghana
1955 Cambodge, Erythrée, Ethiopie, Honduras, Nicaragua, Pérou
1956 Bénin, Comores, Egypte, Gabon, Mali, Maurice, Somalie
1957 Malaisie, Zimbabwe
1958 Burkina Faso, Guinée, Nigéria (sud), Laos, Tchad
1959 Madagascar, Tanzanie, Tunisie
1960 Chypre, Gambie, Tonga
1961 Bahamas, Burundi, El Salvador, Malawi, Mauritanie, Paraguay, Rwanda, Sierra Leone
1962 Monaco, Algérie, Ouganda, Zambie
1963 Afghanistan, Fidji, Guinée équatoriale, Iran, Kenya, Maroc
1964 Libye, Papouasie-Nouvelle Guinée, Soudan
1965 Bostwana, Lesotho
1967 Kiribati, Congo, Tuvalu, Yémen
1968 Nauru, Swaziland
1970 Andorre
1971 Suisse
1972 Bangladesh
1973 Bahreïn
1974 Jordanie
1975 Mozambique, Angola, Cap-Vert, São Tomé et Príncipe, Vanuatu
1976 Portugal (femmes diplômées de l'enseignement supérieur en 1931, accordé à toutes en 1976)
1977 Guinée-Bissau
1978 Nigéria (nord)
1979 Iles Marshall, Micronésie, Palaos
1980 Irak
1983 Afrique du Sud (pour les Métisses et Indiennes)
1984 Liechtenstein
1986 République Centrafricaine
1989 Namibie
1990 Samoa Occidentales
1993 Moldavie
1994 Afrique du Sud (pour les Noires)
2005 Koweït


La lutte des femmes pour l’égalité en Slovénie

Au cours du printemps des nations, les femmes slovènes ont été les collaborateurs les plus actifs, travaillant sur l’unification et la fortification de la nation slovène. En 1898 déjà, les professeurs d’écoles (les femmes) ont crée à Ljubljana la « Société des professeuses slovènes ». En 1902, cette société réclamait déjà « le droit de vote » et « pour le même travail, le même salaire ».

Après la révolution de mars (1849), dans le cadre de la réglementation des communes, les femmes slovènes ont reçu le droit de vote si elles payaient des impôts directs.

En 1897 déjà avait été crée le journal des femmes, Slovenka (la femme slovène), tandis que le première société féminine a été crée l’année d’après. Marija Urbas avait été la première slovène qui avait terminé le doctorat en philosophie à l’Université de Gratz, en 1906.

Puisque le mouvement des femmes quant aux droits devenait de plus en plus ample et de plus en plus exigeant, le besoin de s’organiser se faisait de plus en plus pressant. Ainsi est née l’idée de la création d’une société féminine qui pourrait gérer indépendamment l’activisme des femmes slovènes.

En 1901, 150 femmes se sont réunies à Ljubljana pour créer la « Société féminine générale » dont la présidente fut Franja Tavčarjeva, la femme du maire de Ljubljana. L’objectif principal avait été la formation des femmes, l’enseignement, les séminaires, l’organisation d’expositions, la représentation des intérêts des femmes au niveau économique et social dans le sens public du terme.
En 1907, lors du grand rassemblement des femmes à Prague, la femme slovène avait pris la parole pour la première fois au sujet des droits des femmes.
Elles ont participé à la Conférence internationale en 1911 et elles avaient participé à la manifestation à Vienne quant au droit des votes pour les femmes.
Elles ont crée le club sportif, ouvert des écoles de filles laïques.
Après la première guerre mondiale, elles ont été les premières à créer l’Organisation de l’aide aux veuves et orphelins de guerre (rien qu’à Trieste, il y en avait 1500).
La Déclaration. "Majnšinska deklaracija" portant la libération nationale et l’indépendance (1917, 1919) avait active les femmes slovènes à organiser un mouvement qui a collecté sept gros livres de signatures des femmes slovènes.
Elles ont continué, répandu et organisé la participation de la femme lors de l’entre-guerres, pendant la guerre et après la guerre avec la même énergie et amplitude, avec l’esprit d’unification.



La Révolution française – une égalité pour qui ?

Olympe de Gouges (1748-1793)
Marie Gouze (Aubry), dite Olympe de Gouges, est née à Montauban en 1748. Femme de lettres, auteur de pièces de théâtre (L'Esclavage des nègres, 1789), de romans (Mémoires de Mme de Valmont, 1788), et de pamphlets, elle s'enthousiasma pour la Révolution (L'Entrée de Dumouriez à Bruxelles, 1793). Elle est la première à instituer les sociétés de femme. Elle se bat pour des causes diverses dont la libération des esclaves, la création d'un théâtre national pour femmes écrivains ou encore la construction de maternités. Auteur de manifestes et pamphlets politiques, Olympe de Gouges fait entendre avec courage ses idéaux politiques progressistes. Elle revendique l'égalité des droits pour la femme aussi bien dans la sphère publique que privée, plaidant notamment pour la reconnaissance du droit de vote pour les femmes. En 1791, elle publie son œuvre la plus célèbre : la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, demandant ainsi l'extension aux femmes de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Devenue la cible des dirigeants sous la Terreur, elle est poursuivie et arrêtée pour ses écrits sur l'égalité des sexes et la démocratie. Elle est guillotinée en 1793.


"Femme, réveille-toi..."

Préambule.

Homme es-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fais la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis moi : Qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? ta force ? tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi si tu l'oses, l'exemple de cet empire tyrannique.
Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les végétaux, jette enfin un coup d'œil sur toutes les modifications de la matière organisée ; et rends-toi à l'évidence quand je t'en offre les moyens ; cherche, fouille et distingue, si tu le peux, les sexes dans l'administration de la nature. Partout tu les trouveras confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble harmonieux à ce chef-d'oeuvre immortel.
L'homme s'est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; qui prétend jouir de la révolution, et réclamer ses droits à l'égalité, pour ne rien dire de plus.
Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d'être constituées en assemblée nationale. Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme ; afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir des femmes ; et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient respectés ; afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.
En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Être suprême, les Droits suivants de la femme et de la citoyenne.

Article I.

La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Article II.

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme : ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et surtout la résistance à l'oppression.

Article III.

Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

Article IV.

La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ; ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la raison.

Article V.

Les lois de la nature et de la raison défendent toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui n'est pas défendu par ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elles n'ordonnent pas.

Article VI.

La Loi doit être l'expression de la volonté générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit être la même pour tous : toutes les citoyennes et tous les citoyens étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes dignités, places et emploi publics, selon leurs capacités, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Article VII.

Nulle femme n'est exceptée ; elle est accusée, arrêtée et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.

Article VIII.

La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

Article IX.

Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la Loi.

Article X.

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune : pourvu que ses manifestations ne troublent pas l'ordre public établi par la Loi.

Article XI.

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement, je suis mère d'un enfant qui vous appartient, sans qu'un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

Article XII.

La garantie des droits de la femme et de la citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de celles à qui elle est confiée.

Article XIII.

Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses de l'administration, les contributions de la femme et de l'homme sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toues les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des emplois, des charges, des dignités et de l'industrie.

Article XIV.

Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes, ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l'admission d'un partage égal, non seulement dans la fortune, mais encore dans l'administration publique, et de déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée de l'impôt.

Article XV.

La masse des femmes, coalisées pour la contribution à celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son administration.

Article XVI.

Toute société, dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution : la Constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la Nation n'a pas coopéré à sa rédaction.

Article XVII.

Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés ; elles sont pour chacun un droit inviolable et sacré ; nul ne peut en être privé comme vrai patrimoine de la nature, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

Postambule.

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? le bon mot du législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs Français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent : femmes qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez-vous à répondre. S'ils s'obstinaient, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampant à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Être suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le vouloir. Passons maintenant à l'effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l'éducation des femmes.

Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu. Le gouvernent français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l'administration nocturne des femmes ; le cabinet n'avait point de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profané et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.

Dans cette sorte d'antithèse, que de remarques n'ai-je point à offrir ! Je n'ai qu'un moment pour les faire, mais ce moment fixera l'attention de la postérité la plus reculée. Sous l'ancien régime, tout était vicieux, tout était coupable ; mais ne pourrait-on pas apercevoir l'amélioration des choses dans la substance même des vices ? Une femme n'avait besoin que d'être belle ou aimable ; quand elle possédait ces deux avantages, elle voyait cent fortunes à ses pieds. Si elle n'en profitait pas, elle avait un caractère bizarre, ou une philosophie peu commune, qui la portait aux mépris des richesses ; alors elle n'était plus considérée que comme une mauvaise tête : la plus indécente se faisait respecter avec de l'or ; le commerce des femmes était une espèce d'industrie reçue dans la première classe, qui, désormais, n'aura plus de crédit. S'il en avait encore, la révolution serait perdue, et sous de nouveaux rapports, nous serions toujours corrompus ; cependant la raison peut-elle se dissimuler que tout autre chemin à la fortune est fermé à la femme que l'homme achète, comme l'esclave sur les côtes d'Afrique. La différence est grande ; on le sait. L'esclave commande au maître ; mais si le maître lui donne la liberté sans récompense, et à un âge où l'esclave a perdu tous ses charmes, que devient cette infortunée ? Le jouet du mépris ; les portes même de la bienfaisance lui sont fermées ; elle est pauvre et vieille, dit-on ; pourquoi n'a-t-elle pas su faire fortune ? D'autres exemples encore plus touchants s'offrent à la raison. Une jeune personne sans expérience, séduite par un homme qu'elle aime, abandonnera ses parents pour le suivre ; l'ingrat la laissera après quelques années, et plus elle aura vieilli avec lui, plus son inconstance sera inhumaine ; si elle a des enfants, il l'abandonnera de même. S'il est riche, il se croira dispensé de partager sa fortune avec ses nobles victimes. Si quelque engagement le lie à ses devoirs, il en violera la puissance en espérant tout des lois. S'il est marié, tout autre engagement perd ses droits. Quelles lois reste-t-il donc à faire pour extirper le vice jusque dans la racine ? Celle du partage des fortunes entre les hommes et les femmes, et de l'administration publique. On conçoit aisément que celle qui est née d'une famille riche, gagne beaucoup avec l'égalité des partages. Mais celle qui est née d'une famille pauvre, avec du mérite et des vertus ; quel est son lot ? La pauvreté et l'opprobre. Si elle n'excelle pas précisément en musique ou en peinture, elle ne peut être admise à aucune fonction publique, quand elle en aurait toute la capacité. Je ne veux donner qu'un aperçu des choses, je les approfondirai dans la nouvelle édition de tous mes ouvrages politiques que je me propose de donner au public dans quelques jours, avec des notes.

Je reprends mon texte quant aux moeurs. Le mariage est le tombeau de la confiance et de l'amour. La femme mariée peut impunément donner des bâtards à son mari, et la fortune qui ne leur appartient pas. Celle qui ne l'est pas, n'a qu'un faible droit : les lois anciennes et inhumaines lui refusaient ce droit sur le nom et sur le bien de leur père, pour ses enfants, et l'on n'a pas fait de nouvelles lois sur cette matière. Si tenter de donner à mon sexe une consistance honorable et juste est considéré dans ce moment comme un paradoxe de ma part, et comme tenter l'impossible, je laisse aux hommes à venir la gloire de traiter cette matière ; mais, en attendant, on peut la préparer par l'éducation nationale, par la restauration des moeurs et par les conventions conjugales. "

Cité in Paul Noack, Olympe de Gouges, Paris, ed. de Fallois, 1993.






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